Le décalage comptable/fiscal : de quoi parle-t-on ?

En comptabilité, le principe de rattachement des charges à l'exercice impose d'étaler les dépenses d'investissement sur leur durée d'utilisation prévue (l'amortissement). En fiscalité, certains textes autorisent — ou imposent — un traitement différent. L'article 236 du Code général des impôts est l'un de ces textes : il permet aux PME d'opter pour la déduction immédiate de certaines dépenses normalement amortissables sur plusieurs années.

Ce décalage temporaire entre le résultat comptable et le résultat fiscal ne peut pas être ignoré dans la liasse. Il doit être matérialisé par un amortissement dérogatoire, qui est la technique comptable utilisée pour enregistrer la différence entre l'amortissement fiscal (accéléré) et l'amortissement économique (étalé).

Ce que dit l'article 236 CGI

L'article 236 CGI permet aux PME de déduire immédiatement, au titre de l'exercice d'acquisition, les dépenses exposées pour la réalisation de logiciels et les frais d'acquisition d'actifs incorporels (brevets, licences) qui seraient normalement amortissables. Cette option est réservée aux PME au sens communautaire (moins de 250 salariés, CA inférieur à 50 M€ ou total bilan inférieur à 43 M€).

Concrètement, une PME qui acquiert un logiciel pour 50 000 € (durée d'utilisation estimée à 5 ans, soit 10 000 €/an en amortissement linéaire) peut choisir de déduire fiscalement la totalité des 50 000 € dès la première année, au lieu des 10 000 € prévus comptablement.

Les dépenses concernées par l'article 236 CGI

  • Logiciels acquis ou créés en interne : les logiciels à usage professionnel dont la durée d'utilisation dépasse un exercice, classés en immobilisations incorporelles ;
  • Brevets, licences et savoir-faire acquis à titre onéreux et inscrits à l'actif ;
  • Frais d'acquisition d'éléments incorporels liés à la prise de contrôle d'un fonds de commerce ou d'une clientèle, sous conditions.

Les logiciels utilisés pour les besoins propres de l'entreprise (ERP, logiciels de comptabilité, outils métier) sont les cas les plus fréquemment rencontrés en production.

La mécanique des amortissements dérogatoires

Pour matérialiser le décalage, on utilise le compte 145 — Amortissements dérogatoires au passif du bilan. Ce compte enregistre la différence entre l'amortissement fiscal (déductivement immédiat) et l'amortissement économique (étalé).

ExerciceAmort. comptableAmort. fiscalAmort. dérogatoire
N (acquisition)10 000 €50 000 €+40 000 € (dotation)
N+1 à N+410 000 €/an0 €−10 000 €/an (reprise)

En N, l'entreprise comptabilise un amortissement économique de 10 000 € (compte 68162) et une dotation aux amortissements dérogatoires de 40 000 € (compte 68725), qui représente la fraction fiscalement accélérée. De N+1 à N+4, l'amortissement économique continue, mais l'amortissement fiscal est nul : l'entreprise effectue une reprise d'amortissements dérogatoires de 10 000 €/an (compte 78725) pour "rattraper" le décalage.

Les tableaux 2054 et 2055 de la liasse fiscale

Le suivi des amortissements dérogatoires est impératif dans la liasse fiscale :

  • Le tableau 2054 (immobilisations corporelles et incorporelles) doit faire apparaître les immobilisations concernées avec leur valeur brute et les amortissements cumulés ;
  • Le tableau 2055 (amortissements) détaille les dotations et reprises de l'exercice, y compris les mouvements sur le compte 145. L'administration fiscale utilise ce tableau pour contrôler la cohérence entre l'option exercée et les montants déduits.

Point de vigilance : une PME qui a exercé l'option art. 236 et ne renseigne pas correctement les tableaux 2054-2055 expose le dossier à un redressement sur la déduction immédiate, l'administration ne pouvant pas vérifier que les conditions d'éligibilité sont remplies.

Réintégrations et déductions extra-comptables

Le passage du résultat comptable au résultat fiscal dans la liasse (tableau 2058-A) intègre nécessairement les corrections liées à ce régime. En N (exercice de l'option) :

  • La dotation aux amortissements dérogatoires (40 000 €) est une charge comptable non déductible qui doit être réintégrée ligne par ligne dans le tableau 2058-A ;
  • En contrepartie, la déduction fiscale de l'article 236 (50 000 € au lieu de 10 000 €) génère une déduction extra-comptable de 40 000 €.

Le solde net est nul sur l'exercice de l'option, mais les écritures doivent être présentes et cohérentes. À partir de N+1, les reprises d'amortissements dérogatoires (10 000 €/an) constituent un produit comptable non imposable — elles doivent être déduites extra-comptablement dans le tableau 2058-A.

Comment Alisey gère ces sujets à la clôture

Les dossiers impliquant des amortissements dérogatoires font partie des sujets de révision prioritaires lors de la clôture annuelle chez Alisey. L'équipe contrôle la cohérence entre le compte 145, les tableaux 2054-2055 et le tableau 2058-A, s'assure que les options exercées ont été documentées et que les reprises programmées sont bien effectuées dans les exercices suivants.

Pour discuter de vos dossiers avec des problématiques d'actifs incorporels ou de liasse fiscale complexe, contactez notre équipe.

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